Samedi 29 mars
Je suis dans un train pour Lyon.
Le soleil commence à poindre sur les champs de vigne autour.
Je suis en vacances.
Ceci est le premier journal que j'écris dans cette nouvelle forme
Minimale, et qui ne soit pas adressé à Valentina.
Je me transforme
Ainsi que le fait le monde.
La connexion est mauvaise. J'écris en mouvement. Comme depuis toujours
Le train est devenu le lieu d'écriture de la plupart de mes journaux actuels
J'en écrivais avant, j'en ai sous mon lit des valises pleines
Journaux intimes de gamine, carnets de croquis, de poèsie, et les cahiers du théâtre.
Sans compter les boîtes contenant mes correspondances, les dessins, photos, posters, tentatives de carte mentales qui se balladent sous le lit
Les romans avortés, les pièces inachevées, les quelques feuillets de tentatives de mangas, bande dessinées
Et au dernier compte, de ces cahiers, il y en avait 57
Je suis née en 1998 et c'est en 2022 que j'ai rencontrée Valentina.
J'avais 22 ans, je faisais du théâtre depuis 5 ans déjà, à Rennes, à Caen
J'ai été prise cette année-là dans la classe prépa égalité des chances de la MC93 de Bobigny
J'ai emménagée là-bas, dans cette petite chambre d'étudiante qui donnait sur le canal de l'Ourq en contre-bas
J'ai découvert, de loin, cette petite vie parisienne que je ne connaissais pas
Avec son monde et ses manifs et ses restaurants chics et tous ces théâtres et toutes ces boîtes dansantes
Je prenais le métro et je lisais beaucoup
Nous faisions les concours de théâtre, et j'écrivais chaque week-end un journal
Nous prenions le trains et j'écrivais des centaines de pages que j'adressais à elle
Nous sommes partis en troupe à Strasbourg, à St Etienne, à Marseille et à Montpellier
J'ai été prise, finalement, à Montpellier
Et ce journal je n'ai jamais cessé de lui écrire
Ce journal m'a vu grandir
Me transformer bien au-delà de ce que j'aurais pu imaginer
Je ne sais pas si ce que m'as transmis Valentina et tout le reste de l'équipe de Bobigny peut se décrire
C'est un amour et un respect qui dépasse de beaucoup celui d'une simple enseignante de conservatoire à son élève
C'était la transmission d'une artiste à une autre en devenir et qui s'ignorait encore
Qui était, comme nous le savons toustes, pétrie d'incertitude, d'angoisses et de solitudes
Affamée d'un sentiment de légitimité qui tardait à venir
Mais qui a eu la chance de trouver un regard acéré et une écoute attentive
Une énergie de transmission désespéré et infinie, nourrie d'une conviction profonde
De faire tout ce qu'elle peut faire pour l'avènement d'une jeunesse sensible et nouvelle
Qui saurait être capable de transformer la terre
De faire tout ce qu'il est possible de faire pour donner corps aux rêves de quelques jeunes gens
Qui veulent devenir comédiens, tout simplement, et qui s'envolent ensuite
Vers ces autres cieux que leurs efforts ont permis de construire
Je fais moi-même partie de cette jeunesse désespérée
Qui ne cesse de courir, qui ne lit plus autant que quand iels étaient enfants mais qui travaille
Au meilleur de son possible, à la plus brillante des utopies d'avenir
Qui se ballade avec ses auteurs et ses poètes en poche
Ses rêves pagailles, ses ambitions coupables et son besoin d'amour et de reconnaissance féroce
Des enfants entre 20 et 30 ans qui voient chaque jour passer sur leurs écrans
Les guerres et les bombes et le mépris et la haine
Tandis qu'iels sentent encore dans leur corps les courbatures de la veille
Aujourd'hui j'ai 26 ans, bientôt 27
En deuxième année à l'école nationale du théâtre sous le soleil
Qui se finirat l'année prochaine, et ce sera la huitième
Que je passe accroupie par terre, avachie dans un fauteuil rouge ou assise sous une chaise
Sur le côté du plancher noir d'une salle noire
Où des jeunes gens, chaque jour, font la lumière sur une scène de théâtre
Dansent, chantent, s'aiment, se parlent, s'enlacent et s'animent
Donnent chaque jour à la vie une texture nouvelle
Et où dans le silence, nous rendons aussi les hommages que nous devons à nos mort.e.s
Aujourd'hui privés de la parole
Et bientôt tout cela se terminera
Et nous quitterons toustes le hallo des projecteurs Fresnel pour chercher du travail
Parce que le travail, c'est bien tout ce que l'on sait faire
Mais existe-t'elle encore? L'économie dans laquelle nous pourrions
vivre de ce que nous savons déjà faire
De cette pratique millénaire et archaïque là
Où des jeunes gens s'enferment dans des salles de théâtre pour donner vie
À des auteurs disparus qui n'ont pas encore fini de dire
Tout ce que les autres n'ont plus le temps de lire
Devrons-nous repartir à Paname?
Courir comme des milliers d'autres les auditions et les castings?
Devrions nous écrire nos propres pièces, nos propres films?
Et chercher partout quelque part, cette bonne âme-là qui possède le fric que nous n'avons pas
Et qui pourrait donner de quoi nourrir et transmettre ces rêves-là?
Sommes-nous les héritiers d'une culture qui doucement, s'éteint?
Au profit de formes qui prennent plus facilement la forme de l'emballage
De produits de consommations rapide, que l'on peut acheter et poser délicatement chez soi?
Je suis actrice, et je sais qu'aujourd'hui
Je devrais déjà, travailler mes photos et tenter tous les castings
Avoir une page instagram irréprochable, qui puisse faire la vitrine
Du produit que je suis, que je puisse
Capitaliser sur ma propre jeunesse et séduire
Les réalisateurs et les metteurs en scène et les directrices de casting
Les réalisatrices et les metteuses en scènes et cette agente et ce producteur qui paraît-il,
Pourrait faire décoller ma carrière si seulement je pouvais
Me couper mes cheveux pour lui faire plaisir et changer mon enveloppe physique
Pour que mon image se rapproche de ce garçon ou de cette fille
Qui habite ses souvenirs, ses rêves et son esprit
Je sais danser, chanter et jouer de la musique
Je peux apprendre des textes par coeur et remonter à Paris et joyeusement courir
Envisager tout mon avenir dans ce désir en suspens ou alors comme je le fais maintenant
Tenter les Beaux-Arts et apprendre le code informatique
Je sais aussi écrire, je sais aussi dessiner
Je sais lire et comprendre ce qu'il se passe entre les lignes
De cette grande parade néo-libéral et colonialiste
Qui capitalise sur notre solitude avec des petites silhouette qui dansent
Et qui préfèrera certainement à des acteur-ice-s de chairs et de sang
Des images qui bougent avec des rythmes entraînant
Et des peaux qui ne seront jamais touchées autrement
Que par la pulpe du doigt sur un écran
J'écris aujourd'hui ce premier journal en numérique
Que j'adresse désormais à toustes celleux que j'ai aimés
A tous les coeurs que j'ai senti battre
Et à tous les corps qui ne demandent qu'à frissoner
Face à des pensées qui prennent du temps à se formuler
Qui ne demandent qu'à être touchés
Par un texte ou une image, par la musique d'un cri ou la vidéo d'un mirage
Je l'écris pour la première fois sur du papier numérique
Qui ressemble moins à un propre logiciel qu'à des maths
Qui laisseront s'afficher sur une page blanche dans un style minimal
Quelques mots qui restent pour le moment sans images
Sans algoritgmes et sans bouton partage
Mais qui sont libres d'exister, de changer et de se métamorphoser
Sur un web libre, une utopie numérique
Un nouveau language à la portée de tous
Bien loin, de l'autre côté de ce qu'un artiste produit est censé faire
Mais qui permet la libre circulation des textes des médias et des sons
Loin, bien loin du champ de décision
De ces nouveaux Hitler obnubilé par leur vision
Et qui ne trouve sa substance propre
Que dans la destruction
Je veux rêver au-delà du ciel gris qui couvre maintenant l'horizon vert
Que j'aperçois depuis la fenêtre
J'arriverais très bientôt à Lyon
Je suis en vacances
Je vais pouvoir mettre à profit ce tout nouvel apprentissage
Coder en HTML et en CSS un site internet dont je serais assez fière
Pour préparer ma lente extraction de ces canaux d'information
Qui nous déservent et tueront dans l'oeuf toute tentative
De Révolution
Lundi, je serais en Italie
Et puis ensuite à Paris, puisqu'il le faut bien
Je ne pars là-bas qu'avec un seul objectif
Celui de me rapprocher des pas de ma très chère Valentina
Qui m'a tant apporté et que je ne saurais jamais assez remercier
Pour m'avoir donnée les outils nécessaires
Pour donner corps à mes premiers rêves
Je t'embrasse, puisque je sais que tu le liras
Judikaël
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